La subtilité de la littérature ?

Tout d’abord exprimons quelles sont les sept manières possibles de créer une oeuvre et de pouvoir la classer dans le domaine de l’art : l’architecture, la sculpture, la peinture, la littérature, le théâtre, la musique et le cinéma. Nous avons donc une sphère de possibilités très limitées, voire même exclusives, qui rejette toutes créations ne faisant pas partie d’un des sept arts. Cependant, de toutes ces possibilités, une seule s’avère être tantôt la plus simple, tantôt la plus compliquée; il s’agit de la littérature.

Simple à créer du fait que les moyens requis sont une plume, une feuille, et de l’imagination. Un écrivain ne dépense presque rien à l’écriture de son oeuvre à part peut-être auparavant lorsqu’il se devait d’acheter de l’encre et du papier ce qui pouvait valoir une certaine somme. Mais en soit cela n’est en rien comparable aux matériaux nécessaires dans les six autres catégories. De la même manière qu’au moment où l’encre et le papier furent inventés, il n’y eut plus réellement besoin d’aller plus loin dans le développement des moyens aidant à la création littéraire contrairement à l’architecture et la sculpture en quête de nouvelles matières, à la peinture en quête de nouvelles couleurs, au théâtre en quête de nouveaux tissus, à la musique en quête de nouveaux sons, et au cinéma en quête de nouveaux effets spéciaux. Tout cela dans le but de se rapprocher le plus possible d’une oeuvre ayant pour objectif d’éblouir son spectateur. La littérature a pour seul besoin de retranscrire des pensées et de les expliquer le plus clairement possible, pour que le lecteur puisse à son tour se créer sa propre vision de la chose en lien, bien entendu, avec l’idée exprimée par l’écrivain à travers son oeuvre. Entre Molière, Victor Hugo, Albert Camus et Marcel Proust, tous avaient en commun, à des siècles d’écarts, les même moyens utilisés pour écrire leurs oeuvres. Tandis que, entre les frères Lumières et Christopher Nolan, l’évolution technologique a joué un rôle plus que majeur dans le développement de l’art du cinéma; et la différence de moyens entre ces réalisateurs est considérable sur le rendu final de leurs oeuvres. Certes en littérature nous sommes passés de l’instrument classique qu’était la plume, à l’instrument moderne qu’est le numérique. Mais cela n’empêche, qu’il est toujours possible d’arriver au même résultat en utilisant les deux moyens; même si l’effort sera bien plus important avec le moyen classique, cela ne change en rien les capacités du résultat final possible d’une oeuvre littéraire. Alors qu’entre la méthode cinématographique classique au tout début du cinéma et la méthode cinématographique moderne d’aujourd’hui, sans parler des méthodes cinématographiques à venir, le rendu final est notablement différent selon les moyens utilisés. Nous pouvons donc constater toute la simplicité de la littérature dans le processus de création dû au peu de moyens requis. Cependant, cela a pour conséquence de rendre l’admiration d’une oeuvre littéraire bien plus compliquée qu’une oeuvre cinématographique ou autre.

Compliquée à admirer du fait que aucun facteur ne restreint la création littéraire, ce qui à pour contrecoup une construction illimitée et indéfinie. Prenons exemple sur l’architecture du temps de l’Égypte Antique. Il était très complexe à cette époque de donner une forme courbée avec des détails précis à une oeuvre; par conséquent, l’architecte se devait de créer un édifice qui se pouvait être réalisable. Contrairement à l’écrivain qui, avec un vocabulaire assez développé, peut décrire des détails qui n’avaient pas à être concrétisés et donc qui pouvaient être plus spécifiques. Et cela s’applique à tous les arts hormis la littérature, comme la sculpture avant de trouver des matériaux plus malléables, la peinture avant de trouver des pinceaux plus fins, la musique avant de créer des instruments à sons différents, le théâtre avant de trouver une manière de tisser plus précise, et le cinéma avant d’inventer les effets spéciaux. Imaginez sculpter, peindre ou filmer une fleur; le rendu ne fera jamais partie de la réalité, alors que la décrire, non seulement vous donnera déjà en tête l’idée d’une véritable fleur, mais en plus vous apportera des détails descriptifs qui l’embelliront encore plus. Ou encore plus difficile, imaginer cela avec non pas quelque chose de concret mais quelque d’abstrait comme l’amour ou le sentiment de vengeance. C’est là que la littérature montre sa supériorité face à tous les arts, c’est sur sa capacité à transcender le réel. Cependant, le cinéma se voit aussi essayer d’atteindre le même niveau, du fait que le jeu d’acteur et les effets spéciaux peuvent aussi nous montrer des choses illusoires et inexistantes. En revanche, la littérature ne donne aucune interprétations non personnelle; d’ailleurs un rendu cinématographique d’une oeuvre littéraire est souvent un échec, puisque que chaque individu s’est créé sa propre vision de la chose, et qu’il doit désormais se soumettre à une autre vision qui ne se rattache pas à son imaginaire. De plus, le fait de lire une oeuvre littéraire demande aussi un effort bien plus important que les autres, car aucune informations visuelles ou musicales ne sont données au lecteur. D’ailleurs, lire une oeuvre littéraire ne peut que se faire seul, alors que regarder une pièce, une peinture, une sculpture, un film, un bâtiment ou écouter un opéra peut être une activité partagée à plusieurs. Nous constatons donc cette double face que dévoile la littérature; une oeuvre littéraire est certes très simple à créer, mais reste très compliquée à admirer contrairement aux autres domaines artistiques qui sont toujours en constant développement à cause de la restriction de moyens, mais aussi à cause de leur incapacité de transcender le réel.

L. Cohen

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