Adopter l’écriture inclusive : faire exister les femmes dans notre usage de la langue française

Qu’est-ce que l’écriture inclusive ? L’écriture inclusive aurait pour but d’inclure davantage à l’écrit la marque du féminin. C’est-à-dire : féminiser les fonctions du pouvoir (présidente, sénatrice, députée, etc.) – car, en effet, cela ne pose de problèmes à personne de dire une serveuse, une femme de ménage, une infirmière –, marquer d’un point médian la marque du féminin lorsqu’il y a lieu de le faire et de ne plus considérer que “le masculin l’emporte sur le féminin”. Rappelons que la langue n’est pas sexiste et que tous les moyens nous sont donnés pour féminiser. Le débat porte sur les bienfaits, l’utilité, de cette féminisation.

Pourquoi l’écriture inclusive ?

Le brillant Bernard Cerquiglini le dit merveilleusement bien : l’écriture inclusive pour « l’inscription dans une langue où s’est déposé un ensemble de discriminations – en l’occurrence la misogynie et le sexisme – de la nécessaire parité sociale ». Marquer à l’écrit la marque d’un féminin qui a été éludé progressivement de notre langage à partir notamment des années 1600-1630 durant lesquelles l’accord de proximité laisse place à la règle “le masculin l’emporte sur le féminin”, et les noms communs féminins sont peu à peu discrédités (“une peintresse”, “une philosophesse”, “une poétesse”, “une autrice”, “une médecine”, etc.).

Une esthétique ruinée ?

Souvent, le débat de l’écriture inclusive se centre autour de l’unique esthétique de la langue et les réfractaires de la féminisation affirment que les moyens pour parvenir à la féminisation du langage défigurent la langue et rendent difficile la compréhension du discours. De fait, lorsqu’on ne peut critiquer le fond, on critique la forme. Je me permettrai quand même de répondre. L’esthétique d’une langue est subjective : il n’existe à mon goût aucune beauté dans le fait d’écrire (mais ce n’est qu’un exemple) “un homme et mille femmes heureux”. Et d’autre part, il est peu probant de clamer haut et fort qu’un pauvre point milieu (ou médian) sera responsable de la conversion du français en une langue illisible lorsqu’il n’est apparu que dans quelques textes jusqu’alors et je doute qu’il est vraiment pu être mis à l’épreuve ; par ailleurs, la féminisation de la langue repose sur bien davantage que sur ce misérable point, et les conservateurs d’une langue masculiniste n’ont en fait d’autre argument que le refus d’une langue respectant l’égalité homme/femme.

Sur la portée de cet usage.

Mettons à bas l’idée selon laquelle le langage ne serait pas politisé, qu’il n’aurait aucune fonction de pouvoir. C’est faux. « La langue n’existe pas dans une sorte de monde parallèle ex-nihilo » – Kaoutar Harchi. Le langage est bien un lieu traversé par la politique. Et si le langage est de l’ordre du symbolique et de l’idéologique, un mot détient un pouvoir. Un pouvoir subversif. Ainsi, lorsque le député Julien Aubert du haut de son piédestal fustige l’écriture inclusive en la comparant à la Novlangue de George Orwell dans 1984 comme « empêchant toute pensée subversive », n’a-t-il pas en tête cette règle primaire lancée à tout bout de champs dès les premières années de l’écolier·ère, « Le masculin l’emporte sur le féminin » ? Le lavage de cerveau ne se situe pas plutôt dans le fait de suggérer à des millions d’enfants que parmi eux les garçons l’emportent sur les filles ? Aussi, il est bon de rappeler que sans langage, il n’y a pas de communication effective. Et que sans une grammaire égalitaire, la pensée d’une égalité effective entre les hommes et les femmes a moins de chance de se développer. L’écriture inclusive ne constitue pas un appauvrissement du langage. L’émergence dans le débat public de la question de la féminisation du français et ses aboutissants incroyablement favorables marquent un éveil des consciences croissant et nécessaire. Et je rappellerai que priver le langage d’une potentielle richesse égalitaire ne fera pas avancer quelconque autre cause alors pourquoi ne pas agir sur ce front comme sur les autres?

Pour conclure

Féminiser la langue n’est ni insuffisant, ni un obstacle aux autres luttes. C’est une nécessité et ce n’est pas un combat isolé ; aussi il est inutile de le dévaloriser en invoquant d’autres combats qui seraient « plus nobles ».

A. Jouglar

3 commentaires sur “Adopter l’écriture inclusive : faire exister les femmes dans notre usage de la langue française

  1. Bon jour,
    Pour ma part, je suis ni pour ni contre et comme le dit si bien Alain Rey : « C’est l’usage qui a raison ». Alors, j’attends que l’usage prenne sa place à cette féminisation.
    Max-Louis

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