La blackface appartient-elle au passé ?

Récemment, le footballeur Antoine Griezmann a choisi de revêtir la tenue des membres de l’équipe de basketball des Harlem GlobeTrotters. Il aurait pu s’arrêter au déguisement mais il est allé jusqu’à se peindre entièrement le corps en noir pour plus de réalisme. La tenue est acceptable certes mais être Noir n’est pas un déguisement.

Dans l’histoire, les premiers à se “peinturlurer” le visage pour ressembler aux Noirs étaient des personnes voulant très exactement caricaturer la communauté africaine. A leurs yeux, être Noir était synonyme de laideur, d’infériorité, de parenté avec les singes, … Au cinéma et au théâtre, la Blackface était très courante: les Noirs n’ayant pas le droit de jouer, les Blancs prenaient leurs places derrière un masque de peinture. Cette façon de se moquer de l’Homme Noir n’a jamais été admissible et ne le sera jamais: tourner au ridicule une communauté sous couvert d’un humour raciste n’est pas une action défendable.

Prenons en exemple la marque bien connue de chocolat en poudre Banania: quelques recherches plus pointues et on remarque que le logo originel ne ressemblait pas à ce qu’on connait aujourd’hui. Léopold Sédar Senghor, homme politique sénégalais et un des fondateurs du mouvement littéraire de la Négritude, parlait déjà de « déchirer les rires banania de tous les murs de France ». Malheureusement, le combat de Senghor et Césaire se voit toujours être d’actualité et n’a pas encore été compris de tous.

Bien entendu, Antoine Griezmann ne s’est probablement pas rendu compte de la portée de son acte. Mais au regard de l’histoire de la Blackface, cela fait écho aux heures les plus sombres. Comment ne pas se sentir attaqué quand on voit que sur les réseaux sociaux, on se sert de notre couleur de peau comme d’un déguisement. Déguisement datant de plusieurs dizaines d’années et qui était revêtu à des fins comiques et racistes car ce qui était mis en avant était la “caricature de l’Homme Noir”. Des lèvres démesurément proéminentes, des manières de primates, une imbécilité soumise à son “Missié” et tant d’autres clichés soit disant naturels. L’homme Blanc raciste avait de l’imagination.

Pour défendre la pratique de la Blackface, certains ont pour argument la victimisation exagérée de la communauté noire: elle chercherait à montrer une fois encore qu’elle est victime de racisme, que tous les prétextes sont bons pour se sentir attaqué et que la liberté d’expression n’existe plus. Il y a quelques années le prince Harry s’était déguisé en officier nazi. Alors, et à juste titre, tout le monde à crier à l’antisémitisme. Les Juifs se sont alors sentis pris pour cibles et tournés en ridicule. Est ce que de nos jours la souffrance d’une communauté est-elle un sujet qui prête à rire ?

L’histoire de la communauté Noire est une histoire triste, une histoire de colonisation, de racisme et de persécution. On ne peut pas s’octroyer le droit de se grimer en Noir. Ce geste, cette pratique ne peut que faire remonter tout un passé colonial, d’acharnement contre l’être humain, un processus de déshumanisation sous couvert de l’humour.

A. Bregmestre

Les commentaires sont fermés.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :