Confession d’une Métisse

Définition du métissage : mélange de deux ou plusieurs origines différentes. Cependant, la plupart du temps, on qualifie de « métis » le fruit de l’union entre une personne noire et une personne blanche, ce qui, je vous l’accorde, est très réducteur. Malgré tout la définition reste difficile à établir, même pour les personnes concernées.

Mes parents sont français : elle est blanche, de métropole, il est noir, de Guadeloupe. On ne fait pas plus cliché dans l’idée que les gens en France se font d’un couple mixte. Concernant la couleur de peau de mes parents, elle est simple à définir, mais pour moi ? Suis-je à moitié l’un ou à moitié l’autre ? Suis-je plus blanche que noire puisque j’ai toujours vécu avec ma mère et jamais avec mon père ? Est-ce que je dois choisir entre les deux comme on n’a pas cessé de me le répéter ?

La première fois que je me suis rendue compte que ma couleur de peau posait un problème pour les gens, j’avais entre cinq et sept ans. Ma mère descendait alors de notre appartement pour nous amener, mon frère et moi, à l’école. Un voisin l’interpella au sujet d’une quelconque préoccupation dans l’immeuble. Elle l’écouta jusqu’à ce que ses propos deviennent ouvertement racistes. A ce moment, ma mère se demanda s’il avait déjà vu ses enfants : est-il possible de tenir un tel discours devant la mère d’enfants racisés ? Elle lui répondit qu’elle revenait, qu’elle devait se dépêcher d’accompagner ses enfants à l’école. A son retour, elle nous tenait tous les deux par la main, fièrement. Le voisin fut sans mot. Il ne dira plus jamais bonjour à ma mère et changera toujours de trottoir quand il nous verra.

Un soir, nous dînions chez la belle famille de ma tante, ils sont blancs. En entrant, plus un mot dans la pièce. La belle-mère de ma tante lance « tes enfants sont le maximum que je peux accepter dans cette maison ». Qu’aurais-je du comprendre ? Ne suis-je pas assez blanche ? Suis-je trop noire ?

Un autre soir, nous dînions chez des amis de ma famille, ils sont noirs. Une femme noire demande : « Où sont les toilettes ma fille ? ». Connaissant cette maison comme ma poche, je lui répondis précisément. Elle fait mine de m’ignorer et répète sa question jusqu’à ce qu’une de mes amies, noire, qui ne l’écoutait même pas, finisse par lui répondre. Elle m’a regardé et m’a dit : « Quand je dis ma fille, je ne te parle pas à toi, tu sais pourquoi ». Pour le coup, je n’étais pas assez noire mais trop blanche. Encore et toujours cette histoire de « trop » et de « pas assez ».

A l’école, on me demande si je me sens plus noire ou blanche, si j’aimerais être un peu plus noire ou un peu plus blanche comme s’il fallait appartenir à une catégorie bien spécifique pour pouvoir être rangé correctement et facilement dans une case. On me tripote les cheveux tout le temps et on me dit que j’ai de la chance car j’ai les cheveux frisés et non crépus « comme [nous] les noirs ». On m’attrape le nez dans la cours en m’appelant Michael Jackson et on me siffle en m’appelant « caniche ».

Heureusement que ma mère était là. Elle m’a toujours dit que je devais être fière de mes origines, de ne jamais les cacher. Mon nez est très bien comme il est, mes cheveux aussi. « Tu es une noire à part entière et une blanche à part entière, ma fille ». Voilà ce que je suis.

Le métis ne sait jamais ce qui l’attend, peu importe que sa peau tire plus vers le noir ou le blanc. Les gens ne voient pas une personne métisse, avec deux cultures, deux Histoires différentes, mais soit un noir, soit un blanc. On ne peut pas être les deux à la fois. Le métis peut subir les attaques verbales et physiques venant de personnes racistes, comme les noirs, et peut aussi passer entre les mailles du filet, comme les blancs. A mon sens, son mal-être est d’abord identitaire, le métis doit trouver qui il est. On ne se considère pas tous de la même manière au sein de cette grande famille. J’ai eu la surprise de rencontrer des personnes métisses qui occultaient complètement une de leur origine pour différentes raisons. Certains se considérant comme uniquement noirs, d’autre comme simplement blancs. Mais il y a aussi des gens comme moi bien sûr, qui revendiquent et affirment leur double identité dans son entièreté.

Il n’y a pas une définition immuable du métissage ni de solutions aux problèmes que les autres imposent aux personnes métisses, qui les poussent à choisir, à s’écarter ou s’approcher d’un côté tout en haïssant l’autre. Chacun vit son métissage comme il l’entend et il est vrai que quand on n’a absolument pas côtoyer une partie de notre identité il est difficile de se sentir concerné par celle-ci. Toutefois, même si on ne s’y intéresse pas, je pense qu’il ne faut pas la passer sous silence ou, pire, en avoir honte.

Après vingt années, j’ai trouvé mes réponses, seulement il m’aura malheureusement fallu faire face à bien des épreuves compliquées. Le métissage fait parti de mon identité, par nature et non par choix, mais je ne pense pas que si on m’avait demandé mon avis, j’en aurai fait un autre ! Un ami m’a dit un jour que le métissage était la couleur de l’amour, j’espère que ses mots prendront un jour leur sens pour tout le monde et ce dans un avenir proche.

A. Nonyme

 

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