Bienvenue au Flore

  • Mise en bouche

Le Café de Flore est un café-restaurant parisien établi au sein du quartier de Saint-Germain-des-Prés, dans le VIème arrondissement de la capitale. Non loin du quartier latin et voisin des Deux Magots, l’établissement germanopratin incarne le bistrot à la française par excellence dans lequel intellectuels et représentants du tout-Paris littéraire, philosophique et artistique aimaient à se retrouver. Inauguré durant les prémices de la IIIème République, ce haut-lieu de la Rive Gauche historique a conservé une certaine renommée depuis, devenant une référence en matière de tourisme international. Mais subsiste une interrogation : pourquoi avoir baptisé le salon de thé “le Flore” ? Ce patronyme est en réalité un hommage à la déesse des fleurs et du printemps issue de la mythologie gréco-romaine. Une statue de ladite divinité se trouve d’ailleurs sur le trottoir parallèle.

  • Sur les pas de l’Histoire

Depuis l’ouverture de ses portes en 1887, le café de Flore demeure un lieu historique où se côtoient une formidable pluralité de mouvements de pensées artistiques. Le rez-de-chaussée, investi dès 1913 par Guillaume Apollinaire et André Salmon, devient rapidement le théâtre d’ateliers d’écriture ponctuels. L’agitation et l’enivrement des échanges aidant, la poignée d’artistes rassemblés ne tarde pas à assister à la naissance du mouvement dadaïste au printemps 1917 et quelques mois plus tard, à celle du surréalisme. Pourtant, c’est durant les années 30 que l’institution parisienne voit sa jauge de fréquentation en phase à une véritable éclosion : on s’y presse, on s’y rencontre, on s’y bouscule. Ainsi, il n’est pas rare de voir s’attarder un certain Albert Camus à une des nombreuses tables qui parsèment la salle, ramettes de papier et stylo plume en main.

On peut y croiser aussi bien des éditeurs, des peintres, tels que Picasso et Zadkine, que des représentants du septième art. Par chance, l’Occupation allemande présente à Paris durant la guerre n’affectera pas le quotidien du bistrot, cette dernière privilégiant plutôt les cafés du quartier de Montparnasse. En effet, le Flore insuffle auprès des Parisiens un air de liberté, une bulle de tranquillité hors du temps où les intellectuels se réfugient, fuyant les inquiétudes du conflit mondial.

« Au Flore, nous avons traversé l’Occupation comme un océan, les éclaboussures des événements se cassaient sur le bordage » – Henri Pelletier

Mais très vite, au sortir de la guerre, la paix retrouve ses droits dans l’esprit des habitants de la ville lumière, se caractérisant par une jeunesse à la soif de divertissement et de découvertes. C’est donc une époque où chacun s’adonne à exposer librement au voisin sa propre conception du monde. Le café devient également source d’intérêts à l’étranger : Ernest Hemingway et Truman Capote attablés en terrasse, leurs cafés froids et leurs cigarettes à peine éteintes jonchant des soucoupes orphelines de leurs tasses. La Nouvelle Vague française enfin voit ses bistrots parisiens investis par les vedettes du grand écran tels que Bardot, Belmondo, Delon et bien d’autres, pouvant se vanter d’y avoir mis les pieds le temps de consommer un Pouilly-Fumé. L’intelligentsia des années 60 s’empare à son tour des lieux et ses nouveaux visages répondant aux noms de Gary, Sagan, ou Sarraute, viennent se mêler aux derniers arrivants du monde de la mode.

  • Perception

De prime abord, l’établissement n’aspire à aucune prétention. Au contraire, il peut même passer pour n’importe quel bistrot parisien un peu chic d’où l’on se sait ressortir la bourse plus légère. C’est donc mué par un certain enthousiasme que l’on se décide à franchir les portes du salon de thé. Bien que la superbe du lieu ne soit pas revendiquée avec flagrance, l’atmosphère induit tout client un brin inspiré à comprendre qu’il ne se trouve pas dans un endroit ordinaire. Et le charme du Flore opère lui aussi bien vite : lorsque l’on pénètre sur la terrasse inondée de lumière on est tenté d’arrêter là notre procession pour se laisser choir près d’un des multiples guéridons dont est pourvue la maison. La verrière insuffle une nuance bucolique à l’espace, séduisant ainsi les Parisiens qui trouvent en elle un refuge à l’agitation de la capitale.

Toutefois, si l’on se raisonne à poursuivre notre visite on peut hésiter à se poser entre la terrasse et la salle principale. En effet, la vaste pièce aux somptueuses banquettes rouges foncées reflète l’image d’un salon élégant et bien agencé, dans laquelle les raclements des chaises couleur érable se confondent avec le brouhaha ambiant, à l’image du café parisien typique. S’il a su évoluer avec son temps en proposant un service de qualité, l’établissement a néanmoins conservé un prestige patiné, comme en témoigne la parure décorative de bois et de marbre dont il est habillé.

  • Mot de la fin

En plus d’offrir un lieu chaleureux à ses clients, le café décerne aussi chaque année son célèbre prix de Flore. Fondé en Mai 1994 par Frédéric Beigbeder, celui-ci permet de découvrir, ou simplement confirmer, un écrivain au talent prometteur. En plus de la reconnaissance que ce titre lui confère, le lauréat jouit en outre de pouvoir siroter un verre de vin blanc dans une coupe estampillée à son nom. Seulement, une malheureuse constatation reste à relever : le jury, entièrement masculin à l’exception de deux femmes, n’a salué que cinq romancières depuis sa création, notamment les illustres Amélie Nothomb et Virginie Despentes. Même si un concours se doit de tendre à l’objectivité pour juger chaque candidat, il est assez déconcertant qu’aucune ne réussisse à obtenir cette distinction plus régulièrement. En espérant qu’à l’avenir, les lauréats soient plus représentatifs du monde littéraire actuel.

C.-R. Yener

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