La Crème #3 – Le génie comique

Au commencement il n’y avait rien, vint ensuite l’Homme et vint enfin l’art. Bienvenue dans La Crème, la chronique littéraire qui abordera le thème de l’art de la scène, et aujourd’hui, comme dit au premier épisode, découvrez le génie qui a fait de la comédie un grand genre théâtral.

Molière ? Patience chers lecteurs, l’épisode est à peine commencé. Alors que dans l’annonce de cette chronique, la comédie fut affublée du titre de petite soeur de la tragédie, voyez la manière dont cette idée fut totalement balayée par le dramaturge d’aujourd’hui ! Molière donc ? Effectivement il en est la raison, mais patience à nouveau, il vous faudra encore lire quelques lignes. Contemplez donc celui qui a permis au genre comique d’acquérir ses lettres de noblesses. Molière ? Toujours lui chers lecteurs !  Saviez-vous qu’il est aussi le fondateur de trois nouveaux genres théâtraux ? Qui ça, Molière ? Lui-même ! Cependant, votre impatiente devra encore se restreindre le temps d’une brève présentation des dogmes comiques avant d’aborder une de ses pièces.

Plaisanteries de côté, lisez aujourd’hui l’épisode consacré à Molière (1622 – 1673), ou le plus grand génie du théâtre comique ! Nombreuses légendes sont encore rapportées de nos jours sur ces exploits littéraires; comme le fait avoir écrit et monté une pièce en seulement une semaine par exemple. Mais cela ne sont peut-être que de simples échos du passé, ou non, le mystère reste entier !

Les dogmes comiques

Contrairement à l’effort pharaonique que peut demander l’écriture d’une tragédie, comme vous avez pu le constater au dernier épisode, le classicisme est bien plus souple envers la comédie. Plus souple sur l’écriture certes, mais n’exagérons rien, il reste malgré tout quelques contraintes, à savoir : la règle des trois unités, souvenez-vous de Boileau, ainsi qu’une autre, non-artistique, la censure.

Hormis ces deux contraintes complexes à emporter, l’une imposée à tout le genre théâtral, l’autre présente comme le regard de l’Eternel sur les péchés de ses disciples. La comédie a aussi pour obligation d’être constituée uniquement de personnages bourgeois, il ne faudrait surtout pas oser se moquer de messieurs ces mécènes tout de même ! Cependant, et contrairement à la tragédie, la prose est autorisée et l’intrigue devra relever du cadre privé, comme par exemple une histoire d’argent, plutôt d’avarice même, ou d’amour, parfois plutôt de jalousie. De plus, l’acte final n’ayant plus à avoir de dimension cathartique, la mort tragique est oubliée; proposant à la place un mariage réconciliant l’entièreté des personnages. Voyez comme cela se résume brièvement !

Le rôle des personnages

Evidemment, la comédie permet aussi de dénoncer certains comportements, même si les personnages sont bourgeois, les vices de ces derniers restent universels, et surtout présents à la cour. Ce genre permet donc de dénoncer indirectement des idéologies à bannir ou à simplement tourner en ridicule certaines moeurs, le rire étant le meilleur moyen de faire passer la pilule au public.

Et Molière ? Son nom arrive à point nommé chers lecteurs ! Pour changer à nouveaux des habitudes et ne pas prendre un choix habituel, la pièce qui sera vue aujourd’hui sera Le malade imaginaire, certes cela reste un classique mais quand il s’agit de Molière, lesquelles de ses pièces ne le seraient pas ? Passez donc à l’introduction des personnages et voyez comme chacun possède un rôle clef à la construction de l’intrigue, le but étant d’offrir le plus de combinaisons possibles pour faire pouffer son public; et avec Molière, c’est vrai qu’on se bidonne !

  • Les personnages masculins

Concernant les hommes : Jamais deux sans trois ! Dans cette pièce, le trio masculin se constitue donc, en premier lieu, du père, le personnage ayant inspiré le titre, suivi du prétendant, aimé par le père mais rejeté par la fille, et enfin l’amoureux, rejeté par le père mais aimé par la fille.

En lisant simplement les caractéristiques de ces trois personnages, vous pouvez déjà imaginer les nombreux conflits que cette configuration entrainera. Le père préférant le prétendant, sans penser au bien-être de sa fille mais bien à ses propres besoins. Car vous comprenez, il est malade et c’est un médecin tout de même !

  • Les personnages féminins

Concernant ces Dames, à nouveau une triade ! Tout d’abord la marâtre, une femme aimante aux premiers abords mais profitant en secret de l’amour aveugle de son mari pour s’enrichir à l’avenir. Elle est généralement opposée à la fille, celle-ci étant indirectement sa rivale concernant l’héritage du père. Vient enfin la servante, si c’est un homme il sera donc le valet, qui est en vérité la maitresse du jeu puisqu’elle entretient une relation avec chacun des personnages et joue aussi le rôle d’intermédiaire.

Mais si l’opposition entre la marâtre et la fille se fait moins ressentir, elle d’exprime dans les nuances de discours et aussi à travers les propos du père.  Bien évidemment la servante, qui a pour favorite la fille, fera tout pour lui permettre d’atteindre le bonheur, la fille étant victime des folies égoïstes de son père mettant à mal sa relation avec l’amoureux. Vous constatez donc que les opportunités pour rire ne sont pas en manque !

La satire, ou la critique par le rire

En lisant l’introduction, vous avez du comprendre la référence à Tartuffe, mais voyez-vous, ce comique de répétition est aussi présent, à de nombreuses reprise d’ailleurs, dans Le malade imaginaire ! Cette pièce ne dénonçant pas, dans ce cas-ci, l’hypocrisie du clergé mais bien celle des médecins. Que ce soit les contradictions d’un médecin à un autre, les sommes faramineuses demandées pour les traitements médicaux, ou encore la notion de savoir absolu, autant dire que cette pièce a dû rapporter quelques ennemis à Molière. Mais honnêtement, après le clergé, rajouter en plus les médecins, il n’en était plus à son coup d’essai !

La comédie de Molière constitue donc une satire de l’étique médicale de l’époque, les médecins n’ayant en vérité aucune connaissance sur les moyens de guérir quelconque maladie et profitant de leur rhétorique pour vendre leurs produits. D’ailleurs, une fois mis sous traitement, votre mort ne se rapprochera jamais aussi rapidement ! Argan est un patient, alors que son médecin est impatient, de recevoir ses chèques ! Toinette, la servante, se prendra même au jeu et déguisée en médecin, elle pratiquera une longue autopsie enchainant le comique de répétition. Répondant à chaque maux d’Argan : « Les poumons ! » ou encore, dans la même scène, en constatant les traitements imposés : « Ignorant (III-10) ! » Ce qui pourrait aussi rappeler le comportement de Sganarelle, déguisé lui aussi en médecin dans Don Juan, conseillant quiconque venait lui adresser un problème; sans avoir aucune connaissance bien évidemment, mais répondant à son maitre que cela n’était pas forcement nécéssaire pour pratiquer la profession. Probablement qu’une fois malade, Molière dû bénéficier des meilleurs soins de ses adorateurs !

Mais alors que les médecins en prennent pour leur grade, la marâtre se fait aussi avoir par un stratagème de Toinette. Rappelez-vous, comme la servante est maitresse du jeu, chacune de ses actions signent, d’abord un public écrouler devant tant de manigances burlesques, mais aussi la destruction de toute crédibilité d’un personnage. Car après le médecin, cette dernière propose à Argan de jouer au mort pour voir les réactions que cela provoquerait. Bien entendu, maligne comme elle est, Toinette prévient la fille de cette supercherie pour qu’elle, attention mise en abîme chers lecteurs, devienne comédienne dans la comédie ! Laissant cependant la marâtre dans un brouillard total concernant ce mensonge.

Et alors quelle surprise pour Argan, qui plaçait sa femme au sommet de son estime, la voyant réagir par un grand : « Le Ciel en soit loué (III-12) ! » Contrairement à sa fille, que le malheureux allait contraindre à épouser un homme par besoins personnels, anéanti et s’agenouillant les larmes aux yeux en déclarant : « Ô Ciel ! quelle infortune ! quelle atteinte cruelle ! Hélas ! faut-il que je perde mon père la seul qui me restait au monde (III-13) ? » Le voile enfin tombé, le père accepte le mariage de la fille et de l’amoureux et il vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants, fin !

Conclusion

Pour conclure, celui qui vous écrit remercie ses lecteurs, en espérant qu’à nouveau le plaisir vous fut offert durant cette lecture. Pas de vers cette fois, à votre grande déception, mais la comédie oblige l’écriture en prose. Même si la pièce d’aujourd’hui ne fut pas développée comme les précédentes, il était préférable de ne pas trop en dire au risque de vous gâcher une future lecture. Cependant, vous pouvez voir que le comique y est omniprésent et que la pièce vous offrira nombreux sourires, et même rires peut-être pour certains. Malgré tout, si cet épisode a su vous divertir, le prochain vous offrira le passage à une nouvelle ère du théâtre français : le romantisme !

L. Cohen

La pièce « Moise », signée Liam Cohen, disponible sur l’application Kindle (IOS, Android, Liseuse).

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