La crème #4 – Le renouveau romantique

Au commencement il n’y avait rien, vint ensuite l’Homme et vint enfin l’art. Bienvenue dans La Crème, la chronique littéraire qui abordera le thème de l’art de la scène, et aujourd’hui, comme dit au premier épisode, découvrez le dramaturge qui a permis l’essor du romantisme, notamment à travers ses pièces novatrices.

Mais, avant d’en arriver à Musset, il faudra d’abord revoir quelques moments forts qui permettront ce changement des codes théâtraux, et de toute la littérature en général. Quand on parle du romantisme, on cite souvent la bataille d’Hernani, à juste titre d’ailleurs; la légende dit que l’ambiance à la première fut si sulfureuse, entre les détracteurs classiques et la claque romantique, que pas un seul vers ne fut clairement entendu. Cependant, Hernani n’est que l’application, aux yeux du grand public, des codes instaurés par Hugo dans sa préface de Cromwell. Par conséquent, avant de passer au sujet d’aujourd’hui, suivez à nouveau un court rappel de ces nouveaux dogmes instaurés par l’éternel héros de la littérature française.

La révolution littéraire

« L’ode chante l’éternité, l’épopée solennise l’histoire, le drame peint la vie. Le caractère de la première poésie est la naïveté, le caractère de la seconde est la simplicité, le caractère de la troisième, la vérité (Préface – Cromwell). » 

Même si cela est regrettable, il vous faudra oublier les contraintes vues aux deux épisodes précédents. Le monde est las des nobles tragiques et des bourgeois comiques, le romantisme jure de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ! Hugo, en tant que chef de file de ce nouveau courant, présente son manifeste dans cette préface, les codes classiques appartiennent au passé, accusés d’être en rupture totale avec la réalité. Pourquoi dissocier de manière si stricte, comme le faisait le classicisme, un genre théâtral de l’autre, en glorifier l’un pour sa noblesse et accuser l’autre pour son burlesque ?

« Le drame, unissant les qualités les plus opposées, peut être tout à la fois plein de profondeur et plein de relief, philosophique et pittoresque (Préface – Cromwell). »

Ce changement doit d’ailleurs aussi passer par les personnages, même s’il est paysan, il est en droit scénique d’être noble, le laid c’est le beau ! Le héros romantique est toujours divisé entre deux pôles opposés, que ce soit entre son ambition et sa situation, ou encore entre son amour et sa classe sociale. Il est l’incarnation de l’incompréhension en raison de cette dualité qui l’empêche d’être épanoui.

« Du jour où le christianisme a dit à l’homme : « Tu es double, tu es composé de deux êtres, l’un périssable, l’autre immortel, l’un charnel, l’autre éthéré, l’un enchaîné par les appétits, les besoins et les passions, l’autre emporté sur les ailes de l’enthousiasme et de la rêverie, celui-ci enfin toujours courbé vers la terre, sa mère, celui-là sans cesse élancé vers le ciel, sa patrie (Préface – Cromwell). » »

Finalement, oubliez aussi la règle de Boileau, accusée d’irréaliste, à juste titre aussi probablement, elle n’est plus en droit d’exister dans le drame romantique. D’ailleurs, son imposition vient surement de la difficulté à changer de décors, faute des moyens de l’époque. Par conséquent, les nouvelles techniques permettant plus de libertés scéniques doivent être utilisées. Une action qui nait et meurt en un jour ainsi qu’une intrigue qui ne se développe qu’en un même lieu, deux obligations n’ayant plus lieu d’être au dix-neuvième siècle, donnez au public du réalisme !

« L’unité de temps n’est pas plus solide que l’unité de lieu. L’action, encadrée de force dans les vingt-quatre heures, est aussi ridicule qu’encadrée dans le vestibule (Préface – Cromwell). » 

Alors, à celui qui a écrit cette préface et qui a déclaré : « Je veux être Chateaubriand ou rien », celui que vous lisez lui répond : « Je veux être Victor Hugo our rien ». Et à ceux qui lisent ces mots, voici pour vous la préface de Cromwell, peut-être ses prémices proposées dans cet épisode vous intéresseront sur le long développement qu’en a fait la légende de la littérature française.

Le théâtre des passions

Au vu de cette présentation, vous comprenez que le romantisme se fonde sur la dimension double de l’Homme, par conséquent sur les sentiments, qu’ils soient d’ailleurs bons ou mauvais, que peuvent lui insuffler ses désirs. Pour être tiraillé entre l’envie d’atteindre la gloire et la colère envers la situation actuelle; ou encore, concernant la pièce qui sera vue dans quelques instants, l’envie d’obtenir le coeur de celle qu’on aime et la colère envers les manipulations du clergé; il faut être soumis à ses passions. Voila sur quoi se fonde le drame !

Connaissant votre parcours académique, le sujet ne devrait pas vous être inconnu, par conséquent, pour ne pas reprendre Lorenzaccio, le drame romantique par excellence, contemplez On ne badine pas avec l’amour, tout autant connue probablement, mais que cet épisode vous donnera peut-être envie de visiter ou, mieux encore, revisiter ! Cependant, pour ne pas trop vous dépraver de votre future (re)lecture, seule la tirade de Perdican à sa promise, Camille, désormais perdue, sera prise comme exemple, ce passage étant la quintessence de l’idéologie romantique.

Dans un premier temps, après que le sort soit tombé sur Perdican et Camille et que les deux décidèrent de se séparer, vous pouvez y trouver ce tableau horrible que peint Musset à travers les mots de son personnage. Pour lui, le monde n’est qu’une horreur désastreuse et ces habitants, des monstres affreux qui vivent entassés dans une atmosphère nauséabonde et répugnante.

« Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; »

Le romantisme se faisant voix de la vérité, et l’histoire parlant pour elle-même, on ne peut qu’accepter ce constat terrible que présente Perdican. Mais, contre toute attente, quand il en vient à l’amour, alors qu’on pourrait s’attendre à un procès difficile à assumer, ses mots s’apaisent et deviennent presque élogieux. Certes l’Homme est la pire chose qui existe en ce monde, mais l’amour est une chose bien supérieure, cela est bien plus noble, que tous les maux que sa simple existence apporte habituellement. Pouvez-vous trouver plus belle chose qui définirait la nature humaine que le fait d’aimer ?

La vie ne vaut rien. On nait, on vit, on souffre, on meurt, mais alors si on est chanceux, on aime ! Et c’est à travers l’amour que l’homme peut exister, outre cela il ne vaut rien. Alors une fois devant la Mort, il peut quitter sa vie misérable le sourire aux lèvres, celle-ci s’approche et lui demande : « Il est temps, es-tu prêt ? » Et alors qu’elle s’attendrait à des supplications pour lui laisser plus du temps, l’Homme répond : « Oui, j’ai aimé, j’ai donc tout vécu. » 

« Mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : « J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui (On ne badine pas avec l’amour II-5). » »

L. Cohen

La pièce « Moise », signée Liam Cohen, disponible sur l’application Kindle (IOS, Android, Liseuse).

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